Rencontre avec l’école d’ikebana de Toulouse

Aujourd’hui, nous vous emmenons à la découverte de l’école d’ikebana de Toulouse et de cet art japonais séculaire qu’est l’ikebana. Grâce à Marette Renaudin, la fondatrice de l’école, vous allez en apprendre un peu plus sur cette discipline qui compte bon nombres d’adeptes à travers le monde et pas seulement au Japon.

Bonjour Marette, merci de nous recevoir dans ton école. Peux-tu nous présenter l’école d’ikebana de Toulouse ?

L’école existe depuis longtemps. J’ai créé un cours quand je suis rentré du Japon en 1982. Et depuis 1982, je n’ai pas cessé de transmettre l’ikebana. Au départ, je n’étais pas situé rue de la Pleau, mais dans le dojo de mon mari près du canal. C’est là que pendant une dizaine d’années, j’ai donné mes cours. J’ai trouvé le lieu actuel en 1996. C’est un endroit idyllique pour pratiquer l’ikebana dans le centre de Toulouse. Il y a tout: un endroit pour les fleurs, un pour les vases, un endroit pour pratiquer sous une verrière. J’ai organisé le lieu pour amener l’atmosphère du Japon et l’atmosphère que l’on trouve quand on fait de l’ikebana au Japon. J’ai donc installé un tokonoma (petite alcôve au plancher surélevé en tatami, où l’on expose des calligraphies, des estampes …etc.). Et j’ai donc baptisé l’école « École d’ikebana ». Je vais chaque année au Japon pour continuer d’étudier et continuer de transmettre cette pratique qui a plus de 1000 ans. Je me dois de conserver la tradition au travers de mon enseignement.

Comment expliquerais-tu l’ikebana à quelqu’un qui n’y connaît rien ?

Ce n’est pas si difficile. Il s’agit d’un art millénaire. Au départ, ce sont les moines qui ont créé l’ikebana pour offrir au bouddha au VII ème siècle et qui ont perpétué d’énormes bouquets que l’on appelle des « rikka » qui représentaient la grande nature et ils les mettaient dans le temple à coté du bouddha. Les « rikka » représentaient la symbolique d’un paysage naturel en partant des montagnes, de la vallée, du torrent et de la plaine. C’est l’origine de l’ikebana. C’était l’occasion de mettre en relation les fidèles avec la grande nature. Ensuite, c’est devenu plus profane, c’est passé à la cour. Au fur et à mesure de l’évolution sociale, c’est sorti du temple et il y a eu une évolution de l’ikebana.

L’ikebana n’est pas un art pur, c’est une pratique que l’on fait une fois par semaine, une fois par mois, qui est en relation avec la saison et avec la nature. C’est une reconnexion avec la nature et non pas une décoration. Pour se reconnecter, on passe par le fait de faire un bouquet. La façon de faire les bouquets est tributaire des vieux styles que l’on faisait au VII ème siècle et qui se sont modernisés au 20ème siècle, au 21 ème siècle.

Ce qui fait que nous avons actuellement un ikebana moderne.

On recense plusieurs écoles d’ikebana: Ohara, Senshin Ikenobo…

Il ne faut pas le voir comme cela. L’ikebana est né avec les moines et ils ont été reconnus. Au travers des guerres, des pacifications, l’école Ikenobo de Kyoto a été reconnue avec les moines du Rokakudo. Cette école a persisté jusqu’au 19ème siècle toute seule. Au 20ème siècle, un courant de lettrés a amené le modernisme au Japon dans l’art. Il y a eu un courant d’experts en ikebana qui faisait tous partie de cette école maitresse qui ont été encouragés par les Américains et ont autorisés les gens à créer leur propre école. C’est comme cela que pleins d’écoles se sont créés au 20ème siècle et ont laissé le style traditionnel. Parmi ces écoles, on connait en France l’école Ohara, mais c’est une parmi tant d’autres, on connait l’ikenobo parce que c’est l’école mère. Il existe plus de 1000 écoles différentes. Ce sont des histoires de famille, de ruptures où l’origine et le fond de l’ikebana restent les mêmes. Certaines écoles ont abandonné le traditionnel, d’autres non. Les écoles ayant laissé de coté le traditionnel se sont fragilisées. C’était à l’époque un système démocratique qui s’appelait le « système iemoto » qui donnait le privilège de la suite au fils ou à la fille. Maintenant c’est plutôt la fille. Avant c’était plus des hommes, maintenant c’est plus des femmes qui font de l’ikebana au Japon. Parmi toutes ces écoles, on fait de l’ikebana. Il est hors de question de dire je fais de l’ikenobo ou de l’ohara, on fait de l’ikebana. Cela ne m’intéresse pas d’opposer les écoles.

Après 44 ans de pratique de l’ikebana, as-tu encore des choses à apprendre dans ta discipline ?

Oui, oui, quand je fais des expositions, je regarde les résultats d’exposition, je vois où je peux m’améliorer. C’est le principe de Peter, l’ancienneté nous emmène au plus haut niveau d’incompétence.

Pour revenir au cours, comment se déroule un cours-type ?

On propose un thème, je fournis les végétaux. J’ai l’expérience des végétaux et leur mariage n’est pas si facile. Ensuite, il faut proposer des fleurs adaptées. J’explique les bases que l’on retrouve tout le temps. Il y a pleins de styles différents. Chaque semaine, il y a un style et un thème qui va avec la nature, la saison. Les élèves font leur bouquet en respectant les bases et après je corrige. Il y a une continuité dans les cours, chaque enseignement est reproduit le cours suivant. C’est une pratique avec transmission orale, il y a des bases qui peuvent être écrites mais cela reste une transmission orale par la pratique. L’ikebana est une branche vivante. Il n’y a jamais de fleurs identiques. Chaque fois, on est en aventure avec les éléments. Les bouquets ne se ressemblent jamais. Je suis en sorte un filet de sécurité.

Régulièrement l’école organise des expositions notamment une prévue fin mars.

Chaque année depuis 30 ans, on partage avec le public. On fait des visites guidées. Toute l’école se transforme à ce moment là. Il y a une quarantaine de compositions qui sont proposées à cette occasion. Elles sont de toutes tailles, de différents styles, c’est comme une symphonie qui se passerait du premier bouquet jusqu’au dernier.

Concernant cette exposition, est-il prévue une thématique particulière ?

Pas vraiment, on célèbre toujours l’arrivée du printemps avec l’éclosion des fleurs.Chaque fois, cela dépend de la nature et l’on prend nos vases les plus précieux pour faire l’exposition. On intensifie un style par rapport à un autre chaque année. Je fais aussi chaque année une exposition pour les journées du patrimoine au musée Georges-Labit avec deux démonstrations.

Pour terminer notre interview, aurais-tu des adresses japonaises sur Toulouse que tu apprécies et que tu souhaiterais partager ?

Il y a ce que je fais avec Bernard mon mari. Il a un dojo d’aikido dans le quartier de la Côte Pavée, un dojo de kyudo sur les hauteurs de Pouvourville. Ce sont des endroits de pratique traditionnelle où l’on peut toujours aller voir le samedi matin. C’est beau le tir à l’arc traditionnel. On essaie de faire beaucoup de choses artistiques aussi.

Dans les autres adresses, je vais aussi souvent chez Iori parce que c’est quelqu’un d’absolument adorable, on est bien accueilli et c’est modeste. On a une ambiance d’izakaya. C’est un lieu que je recommande.

 

 

 

 

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s