Tsutomu Yamaguchi, héros malgré lui

Avec les différentes commémorations en lien avec la Deuxième Guerre Mondiale, nous vous proposons de découvrir le destin incroyable de Tsutomu Yamaguchi, double victime de la guerre côté japonais.

Tsutomu Yamaguchi est né en 1916 et décédé le 4 janvier 2010 a pour particularité d’avoir été victime des deux bombes atomiques tombées sur Hiroshima et Nagasaki et surtout d’y avoir survécu.

Durant la Deuxième Guerre Mondiale, alors ingénieur pour Mitsubishi dans les chantiers navals et âgé de 29 ans, il vit à Nagasaki et se trouve dans le cadre de son travail à Hiroshima le 6 août 1945, jour du largage de la bombe sur la ville. Au moment de l’impact de la bombe, il était sur le chemin de la gare pour rentrer à Nagasaki à 3km du lieu où la bombe explosa. Malgré une distance qui semble lointaine mais aussi proche en même temps au vu de la puissance du projectile, Tsutomu Yamaguchi vit la bombe tombait et perdit connaissance. A son réveil, il n’entend et ne voit plus rien, constate qu’il est brulé au 3ème degré au niveau du visage et des bras. Dès qu’il recouvra la vue, il put constater les dégâts et les nombreuses victimes autour de lui. Malgré tout, il put se réfugier dans un abri avec d’autres compagnons d’infortunes pour passer la nuit et prit la décision de rentrer chez lui à Nagasaki dès le lendemain.

Quelques jours plus tard malgré ses blessures, il reprend le chemin du travail. Tout juste à peine revenu de l’enfer d’Hiroshima, il va de nouveau subir les effets d’une nouvelle bombe atomique à Nagasaki le 9 août 1945. Au moment de l’impact, il était en train d’échanger avec ses collègues incrédules sur ce qu’il avait vécu quelques jours auparavant. Là encore, il va survivre non sans mal. En tant que victime, il obtiendra le statut de « Hibakusha » (« survivant de la bombe« ) et un livret lui donnant droit à la prise en charge de frais médicaux, ainsi qu’une rente. Dans un premier temps, il ne sera reconnu victime que pour la tragédie de Nagasaki, il devra attendre le 23 mars 2009 pour être reconnu aussi victime d’Hiroshima par l’état japonais. Longtemps muré dans le silence, avec les décès dans un premier temps de son épouse et de l’un de ses fils atteints de cancers généralisés puis de son deuxième fils en 2005, qu’il prend la décision de parler de ses malheureuses expériences au grand public et de militer contre le nucléaire. A 89 ans, il racontera son calvaire dans un livre «Nagasaki-Hiroshima : deux fois atomisé» et ira à la rencontre de nombreux jeunes à travers le monde.

Malgré les blessures physiques et psychologiques qu’il aura enduré toute sa vie, il s’éteindra à l’âge de 93 ans le 4 janvier 2010 des suites d’un cancer de l’estomac pour lequel il refusera d’être soigné. A ce jour, il est le seul Japonais à avoir été reconnu comme double victime des bombes atomiques. Probablement, d’autres Japonais ont du subir le même sort tragique, mais aucun autre ne se sera manifesté.