Rencontre avec Maiko Kato, auteure de « A l’ombre de l’eau »

L’auteure japonaise Maiko Kato était à Toulouse le week-end dernier pour le festival « Polars du Sud » et nous en avons profité pour la rencontrer. Au cours de cet échange, nous avons évoqué son parcours, mais également son premier polar publié chez Seuil et également les thématiques abordées dans son livre.

Occitanie Japon : Bonjour Maiko Kato, pouvez-vous vous présenter ?

Maiko Kato : Je suis née  en France. Je suis en fait une Japonaise comme vous pouvez le voir, j’ai une tête de Japonaise à 100% . Mes parents sont japonais. Ils ont débarqué en France dans les années 50 et je suis donc une Japonaise née en France mais avec des racines très ancrées dans la culture japonaise puisque j’ai appris toute cette culture par mes parents. J’ai toujours eu cette volonté de rechercher ce « moi idéal japonais » puisque je ne suis pas née au Japon. J’ai longtemps été complexée par cette double culture. J’ai essayé de devenir ce « moi idéal » en travaillant avec des Japonais, en apprenant le japonais. J’ai même été à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales)  pour une licence de japonais tout en travaillant en tant qu’assistante dans des organismes semi-gouvernementaux japonais en France. Ensuite, j’ai découvert de manière assez récente une passion pour l’écriture il y a 3 ou 4 ans. Mais cela a des racines plus profondes, parce que c’était lors d’un voyage linguistique que j’ai effectué à Bristol. Le professeur nous avait demandé d’écrire un texte en quatre pages et j’ai écrit une sorte de nouvelle fantastique qui raconte l’histoire de la fabrication d’un elixir de jeunesse à partir du sang de jeunes adolescentes que l’on kidnappe. Cela se passe dans une cave et c’est un peu glauque. Le texte écrit en anglais a énormément plu. C’est là que je me suis rendu compte que ce que j’écrivais pouvait éventuellement intéressé. L’idée d’envoyer le manuscrit pour ce livre est venu d’un rêve où quelqu’un lisait un des textes que j’avais écrit sur la ligne Yamanote (ligne de métro à Tokyo) et puis j’ai fait un autre rêve qui se passait dans une librairie, la librairie Kinokuniya Shoten de Shinjuku où je faisais une signature et une dame qui était dans la file et qui se tourne vers ma fille qui arrive et se fait gronder parce qu’elle double tout le monde dans la file. Ma fille va répondre c’est ma mère l’écrivain qui fait la signature. J’ai eu donc ces deux rêves presque prémonitoires. C’est comme cela que les choses ont commencées.

Occitanie Japon : Nous nous rencontrons aujourd’hui pour parler de votre premier livre « A l’ombre de l’eau » que vous venez présenter à Toulouse, pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce livre ?

Maiko Kato : J’ai toujours été à la recherche d’une  réalité, je voulais que l’histoire se passe à Tokyo, j’adore cette ville. C’est une ville dans laquelle je me sens bien et j’ai voulu écrire quelque chose, j’ai imaginé une personne qui déambule dans les rue de Shibuya, un de mes quartiers préférés de Tokyo, qui tombe sur quelque chose parterre. Selon cet objet sur lequel va tomber le personnage, je vais écrire une histoire différente. A ce moment là, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à un cadavre. C’est devenu ainsi un roman policier de manière assez naturelle.

Occitanie Japon : c’est ce style de livre qui vous intéressait le plus ou celui dans lequel vous vous retrouviez le plus?

Maiko Kato : On va dire cela. Plutôt le polar que la littérature blanche qui est très axée sur les connaissances. Je suis plus quelqu’un qui vit dans l’action et qui s’intéresse plus aussi aux exercices intellectuels.

Occitanie Japon : Dans votre écriture, est-ce qu’il y a des auteurs japonais ou étrangers qui ont pu vous inspirer dans votre travail ?

Maiko Kato : Le premier auteur était Junichiro Tanizaki avec « Éloge de l’ombre » qui était un essai où il parle du passage à la modernité du Japon. C’est un écrit qui est sorti dans les années 30 je crois. (Le livre est sorti en France, il y a quelques semaines chez Picquier ).  Cela fait partie des fondements de mon intérêt pour la littérature japonaise, pas forcément la littérature classique. J’ai un lu un peu comme tout le monde Kawabata par exemple, mais je me suis intéressé récemment à la littérature policière japonaise et l’un des auteurs que j’apprécie c’est Higashino Keigo qui a écrit  » Le dévouement du suspect X ». C’est l’histoire d’une femme qui a assassiné son mari et son voisin va venir l’aider. Un inspecteur très intelligent vient aider la police pour essayer de résoudre le mystère. Il y a aussi Natsuo Kirino avec « Out », c’est un auteur qui a pris un prénom d’un auteur masculin et qui écrit des choses effroyables. Il y a toujours une dimension sociale et féministe dans les livres de Kirino.

Occitanie Japon : Pour rebondir sur ce que vous dites, on peut remarquer dans la littérature japonaise, notamment les polars, souvent il est fait cas de faits de société. Par exemple, dans votre livre vous évoquez l’ijime (« intimidation »), les hôtes et hôtesses des bars aussi…

Maiko Kato : C’est une dimension que j’ai recherché de manière très intéressante et très passionnante, parce que lorsque je recherchais des faits divers sur le net pour ancrer mon histoire dans cette réalité typiquement japonaise que j’aime beaucoup. Je suis tombé par hasard sur un documentaire sur les hosts réalisé par un Québecois il y a quelques années, très bien réalisé. Mais en même temps, je voulais avoir un aperçu plus réaliste de l’intérieur, de ce que j’ai pu trouvé sur le net, c’était une vision assez caricaturale des hosts. J’ai donc choisi d’aller en interviewer sur place. Cela a été tout une histoire. C’est un milieu parallèle et il est difficile d’avoir des réponses à ses questions. J’ai demandé à une amie qui connaissait le gérant d’un bar et je me suis trouvé dans la situation assez palpitante d’aller un club très fermé pour rencontrer une dizaine de hosts. Ils m’ont permis de créer mon personnage principal Hayato qui s’inspire des ces hosts que j’ai rencontré dont en particulier un qui a accepté une interview de 2h. Vous parliez tout à l’heure de l’ijime, c’est une réalité qui malheureusement est très ancrée dans le quotidien des Japonais. En 2015, il y a eu une enquête réalisée par le gouvernement japonais à ce propos et les chiffres sont épouvantables, ils ont recensé 240 000 cas d’ijime au Japon. C’est peut être du au fait que l’ijime se développe par rapport à des cas d’élèves qui n’arrivent pas à s’intégrer à l’école, l’université ou dans le milieu professionnel, vous avez cette forme de recherche d’harmonie où il faut être en phase avec les autres et lorsque vous êtes un peu différents, on va tout de suite vous mettre de côté ou au pire vous pouvez vous retrouver victime d’attaques, de cyberharcèlement. Le gouvernement a essayé de faire quelque chose en mettant en place une loi pour lutter contre le harcèlement scolaire. Dans mon livre, je traite l’ijime de manière assez importante puisque l’ijime va être une manière pour le personnage Emi de sortir d’elle-même d’une situation assez problématique et de passer d’un statut de victime à quelqu’un d’actif. Elle est en plus hafu (métis au Japon) ce qui est encore difficile au Japon. Au quotidien, les hafus ne sont pas forcément bien intégrés au Japon. J’ai voulu donner une dimension sociétale à mon livre en traitant de ces problématiques pour faire découvrir le Japon différemment aux lecteurs et dire que le Japon c’est aussi ça. On a l’heure actuelle une vision un peu « manga » du Japon.

Occitanie Japon : Suite à la sortie de ce livre, qu’avez-vous prévu ? un autre livre en préparation ?

Maiko Kato : Pour le moment, je vais essayer de défendre mon livre mais aussi de trouver un éditeur au Japon pour celui-ci. J’ai aussi d’autres idées pour un prochain livre dans lequel je vais reprendre deux personnages du premier livre que l’on va retrouver dans des situations totalement différentes et aussi avoir des informations supplémentaires sur leur vie privée.

Occitanie Japon : Par rapport à une éventuelle sortie de votre livre au Japon, allez-vous faire vous-même la traduction ?

Maiko Kato : Je ne pense pas, je préfère faire confiance à des traducteurs dont c’est le métier. Les éditeurs japonais, je pense que cela doit être la même chose en France, préfèrent travailler avec leurs propres traducteurs.

Occitanie Japon: Pour terminer que conseilleriez-vous comme lecture à quelqu’un qui veut découvrir le polar japonais ?

Maiko Kato : Il y a les grands classiques avec Ranpo Edogawa qui est quasiment le fondateur de la littérature policière japonaise. Il y a aussi un coté érotico-grostesque. Pour moi c’est le grand maître de la littérature policière classique japonaise. C’est un excellent auteur pour bien débuter.

Nous tenons à remercier Maiko Kato pour sa disponibilité et ce riche échange autour de son livre et du Japon.

 

 

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