Stell’art ropes : une autre vision du shibari en Occitanie

Le shibari, plus connu sous le terme de bondage japonais en France, suscite un grand nombre de fantasmes comme beaucoup de concepts japonais en France et en Europe. Afin d’en savoir un peu plus sur cette pratique et aller au-delà des clichés habituels, nous avons rencontré Stella, créatrice de Stell’art ropes, présidente de l’association ASKA et spécialiste de la discipline en Occitanie. Celle-ci par le biais d’initiations et de démonstrations œuvre au quotidien pour montrer l’autre côté du shibari plus artistique, plus axé aussi sur la technique des nœuds bien loin de l’image sulfureuse habituellement véhiculée.
Bonjour Stella, est-ce que tu peux te présenter et nous parler de Stell’art ropes ?
Stell’art ropes, c’est un nom que j’ai donné à mon activité shibari, qui est essentiellement de faire connaître les cordes et le monde du shibari de manière plus artistique. Mais aussi de désacraliser la partie violente que l’on peut voir quand on tape « shibari » sur internet. A travers Stell’art ropes, je présente des photos, des performances qui sont soit en couple, soit en autosuspension et puis aussi je travaille sur le fait d’attacher des objets.
Comment définirais-tu le shibari à quelqu’un qui ne connaît pas ?
Le shibari, c’est du bondage japonais. C’est un terme qui est utilisé pour dire « attacher », cela peut être un cadeau, un rôti…normalement si l’on parle du shibari à un Japonais, il ne va pas comprendre ce que c’est. En Europe, le shibari est lié au bondage japonais. Par contre le « kinbaku » c’est un terme qui existe depuis longtemps qui signifie « attacher » mais de manière intentionnelle. C’était le terme utilisé pour attacher les prisonniers et issu de l’art martial traditionnel japonais l’hojojutsu à l’ère EDO . Petit à petit, cela a gagné le milieu érotique et cela s’est démocratisé un peu plus depuis quelques années en Europe.
Comment es-tu arrivé à pratiquer cette discipline ?
Il y a 4 ou 5 ans en arrière, je suis partie pour un voyage au Japon. J’ai découvert un article qui parlait du shibari. J’étais en quête de lâcher prise à ce moment là et dans cet article, j’ai trouvé une personne qui enseigne l’art des cordes, Nicolas Yoroi, et qui venait parfois sur Albi pour dispenser des cours. Je me suis inscrite et là ce fut une révélation. Ayant fait des arts martiaux depuis longtemps, j’ai fait du judo, du jujitsu pendant 15 ans, ce rapport au corps et cette manière de bouger autour de la personne, les déplacements m’ont semblé similaires.
De plus la démonstration avait lieu dans un dojo. La corde consistait à ramener une contrainte sur la personne. Pourquoi la contrainte ? Quand on est dans un contrôle permanent, à un moment, être contraint, c’est s’obliger à faire confiance à l’autre, se relâcher dans les cordes, c’est à moment là que j’ai compris que le lâcher prise était comme une évidence avec les cordes.
J’ai rapidement été modèle, je recherchais la confrontation avec moi-même à travers ce parcours là et puis quand j’ai eu terminé ce parcours, il m’a semblé évident d’attacher à mon tour pour faire connaitre ça à d’autres personnes.
Pour revenir aux activités proposées par Stell’art ropes, tu proposes des ateliers découverte du shibari, comment cela se déroule pour expliquer à nos lecteurs ?
L’atelier c’est d’abord une initiation. Quand on vient à moi pour découvrir les cordes, il faut connaitre un grand nombre de points importants que sont:
-la sécurité: attacher quelqu’un ce n’est pas anodin, c’est mettre des cordes, les passer dans des zones sensibles du corps, il faut donc éviter l’intérieur des genoux, l’intérieur des bras, les poignets…toutes les zones où les nerfs passent. Quand on attache, il y a une restriction de la circulation et ce sont des points à connaitre niveau santé aussi bien en tant que me modèle ou attacheur pour être conscient de son corps et pouvoir dire à un moment ce qui ne va pas.
-l’intention. C’est de la communication avant tout. Bien connaître son partenaire c’est aussi connaître ses limites, savoir quand on va trop loin, que l’on serre trop, quand on met en difficulté. Le but est que l’attaché ne vive pas mal la situation et qu’il ne se sente pas en difficulté ou humilié. Il faut discuter des limites et du consentement, c’est très important. Avoir l’accord de l’autre, c’est créer une relation de confiance qui permet d’explorer l’autre, ses émotions en toute sécurité.
Est-ce que tu souhaiterais apporter d’autres précisions concernant ton activité ou ta discipline ?
Les cours se passent de manière totalement « neutre » puisque l’on apprend d’une part la communication au centre de la formation, mais aussi les aspects techniques de la discipline.
A aucun moment, on entre dans quelque chose d’intime. L’intimité c’est pour la maison, c’est pour ceux qui ont envie de pratiquer après chez eux. Là où je souhaite enlever le doute, c’est que tout le monde peut participer aux cours (sauf les mineurs). Il n’y a pas mal ou de honte à franchir la porte pour découvrir la pratique. Souvent, les gens viennent avec des pseudos ou à reculons, mon objectif est de montrer qu’il s’agit d’une pratique saine et qui est juste une recherche de soi avant tout et de partage avec l’autre.
Je favorise énormément les couples car l’atelier n’est pas un lieu de rencontres. C’est aussi permettre à ces couples de connaitre un autre moyen de communiquer à l’intérieur de leur relation, plus « vrai » et plus investis dans le rapport de confiance à l’autre. C’est vraiment important.
Pour finir notre interview, aurais-tu des adresses japonisantes que tu souhaiterais partager avec nous ?
Pour la cuisine, je vous recommande vivement le Gindalle de Colomiers qui sert des plats typiques ainsi que le traiteur tarnais Keikook, qui sont très très bien.
Si vous souhaitez en savoir plus sur Stell’art ropes et le monde du shibari, un atelier découverte est organisé le 24 avril de 19h30 a 22h30 au Kalinka à Toulouse.